Pathologies des bétons

Le béton est le matériau de construction le plus utilisé, car il présente de nombreuses qualités non seulement économiques, mais aussi mécaniques. De plus, le ciment durci est poreux et contient une solution très basique qui protège les aciers. Par ailleurs, les constituants du béton peuvent réagir entre eux pour améliorer ses qualités. Ainsi, par exemple, le ciment réagit avec les granulats pour former une " auréole de transition " qui diminue l'effet de la transition mécanique entre ces deux constituants.

Les principales pathologies du béton sont les suivantes :

L'attaque par lixiviation :


I-     Utilisationdesbétonsdanslesouvragesdes milieux maritimes :
Les bétons sont utilisés pour la réalisation de très nombreux ouvrages situés en site maritime, pour l’aménagement des infrastructures et installations dans les milieux marins de toutes natures : quais, pontons, digues, ducs d’albe, formes.
Ces ouvrages peuvent être coulés en place, à l’air libre ou sous l’eau, ou des produits préfabriqués en béton. Le béton peut être armé (cas le plus courant) ou précontraint (utilisation exceptionnelle en miliemarin).
Ils subissent plusieurs actions :
  • Attaques et agressions chimiques de l’eau de mer ;
  • Impacts mécaniques et physiques des déplacements de l’eau : vagues, houle, courants, variations de niveaux d’eau;
  • Agressions liées aux vents, aux taux élevés dhumidité et à l’ensoleillement ;
Egalement, les ouvrages à base de béton sont de grandes dimensions avec des structures souvent complexes, parfois fortement ferraillées, et qui doivent être réalisées dans des conditions de mise en œuvre difficiles.

Dégradation debétons arméoprécontraint palcorrosion :
Dans les ouvrages en béton armé et précontraint, les aciers sont normalement protégés contre la corrosion par l’alcalinité du béton : le béton forme un milieu basique où le PH est de l’ordre de 12 et 13Dans ce milieu, se forme à la surface de l’acier, un film protecteur (Fe2O3CaO); obtenu par la réaction de la chaux libérée par le ciment et l’oxyde de fer.
Dès que ce milieu passivant est perturbé (pénétration d’agents agressifs, réduction de l’alcalinité de béton), le film protecteuest détruit et la corrosion est déclenchée.
Ainsi, sur les ouvrages en béton armé et précontraint, il y’a deux mécanismes de corrosion différents :
  • Corrosionparcarbonatationdebéton,
  • Actiondesionschlorurescontenuesdansl’eaudemeroucertainssolspollués.
 Corrosion par carbonatation :

C’est un phénomène de vieillissement des bétons qui s’altèrent sous l’action du gaz carbonique de l’airAinsi, le gaz carbonique en pénétrant dans le béton, réagit avec la chaux responsable de l’alcalinité, ce qui produit du carbonate de calcium suivant la réaction suivante :

Ca(OH)2+ CO2+ H2O→CaCO3+ 2H2O

L’une des conséquences étant l’abaissement du PH dans les poreet les interstices du béton et la -passivation des armatures. On relève également l’importance de l’humidité dans le processus de dérioration.
La consommation de lacier s’effectue comme le montre le schéma qui suit:


Vitesse de corrosion par carbonatation :
Cette forme de corrosion est généralement lente. Le béton se carbonate avec une vitesse de 0,1 à 3 cm pour chaque 15 ans en règle générale. Toutefois, dans certaines situations, la vitesse peut être plus grande.


Facteurs favorables :
La corrosion par carbonatation, bien qu’elle est relativement lente, peut être intense en présence de facteurfavorables, tels que :
  • Milieu pollué où la teneur en gaz carbonique est élevée. C’est le cas des sites industriels ou urbains avec la pollution du transport,
  • Humidité relative de l’air ou apport d’eau. L’eau joue un rôle important dans le transport et la dissolution du gaz carbonique à l’intérieur du béton. La corrosion est maximale pour une humidité relative de 60%. Elle est quasiment inexistante en milieu sec ou en zone immergée dans l’eau en permanence,
  • Qualité du béton d’enrobage et l’épaisseur de ce dernier : un mauvais béton offre ungrande facilité à la pénétration du gaz carbonique et de l’humidité.

Corrosion par action des chlorures :
Cette forme de corrosion est spécifique aux environnements marins : Les ouvrages sont en contact de l’eau de mer ou reçoivent des éclaboussures ou deembruns salins.

En effet, l’eau de mer est très riche en sels dissous, dont les chlorures. La composition moyenne en sels d’ulitre d’eau de mer est donnée comme suit :




Le mécanisme de corrosion se passe comme suit :
  • Pénétration des ionCl- au niveau des armatures. Ces ions sont acheminés à travers les pores et éventuellement, les fissures du béton d’enrobage et ce, sous l’effet de gradient de pression et de concentration,
  • Dé-passivation des armatures, lorsque la concentration en ionCldépasse un seuicritique,
  • Oxydation des aciers qui commence d’abord ponctuelle et finit pase propager.
Cinétiqude corrosion :
Le mécanisme de corrosion par attaque des chlorures, est généralement plus rapide comparativement à celui par carbonatation. Dans certains cas, la corrosion se développe dès les premières années d’exposition.

Facteurfavorables :
  • Qualité du béton d’enrobage et de l’épaisseur de ce dernier : un mauvais béton poreux offre une grande facilité à la pénétration des ions chlorures et à lhumidité. Le temps nécessaire aux ions chlores pour atteindre les aciers est réduit pour une épaisseur d’enrobage faible.
  • La nature du ciment : les constituants des ciments comportent des chlorures en concentration variable (eaux de gâchage, adjuvants, granulats, ciment).
  • L’exposition des ouvrages aux chlorures : la corrosion est intense pour des ouvrages recevant de l’eau de mer en périodes alternées (fronts de quais, pieux installés dans les bassins) ou recevant les embruns salins(tours de phares, ouvrages à l’arrière port).
Phasage de dégradation des ouvrages :
En règle générale, on identifie trois phases dans le processus de corrosion :
  • Phase incubatio: Cest une phase où la carbonatation du béton progresse en profondeur et les agents agressifs pénètrent dans le béton d’enrobage.
  • Phase initiatioC’est la phase où la corrosion est initiée : dé-passivation de l’acier,
  • Phase propagation : La corrosion continue à consommer les aciers et provoque la fissuration et le décollement du béton souforme de plaques.


Processus de détérioration par corrosion depuis la phase incubation 
jusqu’à la destruction de l’ouvrage


Conséquencedla corrosion suleouvrages :
Tous les ouvrages métalliques ou en béton armé et précontraint, sont concernés par le phénomène de corrosionToutefois, les ouvrages ne sont pas touégaux devant ce problème.
En effet, les conséquences sur les ouvrages touchés, dépendent des conditions et de la durée d’exposition et de la qualité de la protection appliquée des aciers (peintures sur les surfaces métalliques, bétons denrobage des ouvrages en béton).
Selon les cas, les manifestations sont de diverses formes :
  • Simples salissures de rouilles sur les surfaces,
  • Piqures plus ou moins fournies et plus ou moins profondes,
  • Fissures plus ou moins ouvertes le long des traces des armatures,
  • Décollement de béton de surface,
  • Consommation de l’acier plus ou moins intenses.

Ci-dessous, sont données des photos visualisant des manifestations courantes observées sur quelques ouvrages.










Attaques sulfatiques :
Bien que moins courante que la corrosion des aciers, la dérioration des bétons par attaque sulfatique constitue un phénomène plus destructeur que la corrosion et les solutions de réparation d’ouvrages touchés est quasiment inexistantes.
Les sulfates peuvent provenir de deux origines :
  • Origine externe: eau de mer, eaux séléniteuses, certains sols (gypses, pyrite), atmosphères polluées,
  • Origine interne : granulats, ciments, eau de gâchage.
Mécanismde dégradation :
Les sulfates de calcium réagissent avec les composés du ciment (portlandite, aluminate de calcium) pour former des produits expansif(Etringite).
L’expansion provoque le faïençage des parements de béton, la fissuration et l’éclatement de béton sur des profondeurs plus ou moins grandes.
La vitesse de développement de l’attaque croit rapidement avec la création des premières fissures qui favorisent la pénétration des agents agressifs dans le béton.

Cas particuliedla RSI ( attaque sulfatique interne) :
Cette attaques et produit par la réaction des sulfates provenant des constituants du bétonLe déclenchement et le développement de cette pathologie, nécessitent des conditions très particulières, à savoir:
  • Un environnement humide,
  • Une température élevée de béton (durant la prise à plus de 6),
  • Utilisation d’un ciment riche en alcalins : aluminates et sulfates.

Cette pathologie concerne l’ensemble du béton et non la partie en surface. Elle est rencontrée le plus souvent sur des ouvrages massifs et des pièces préfabriquées en béton étuvé ou bétonnées en temps très chaud.



Manifestation de fissures typique à lréaction sulfuriquinterne
sur deouvrages massifs en béton

Les phénomènes d'ettringite différée : 

C'est la maladie des bétons chauffés. Lors de la prise du ciment, une forte augmentation de la température (soit provoquée par un étuvage par exemple, soit naturelle lors de l'utilisation d'un ciment rapide sur des structures massives en plein été) empêche l'ettringite primaire de se former, mais laisse l'aluminate tricalcique, les sulfates et la chaux disponibles. Ceux-ci réagissent alors quelques années après, si les conditions (humidité, température) sont favorables. Induisant des contraintes internes, ils provoquent la fissuration du béton.

Cas de l’alcali-réaction :
Cette pathologie est connue ausssous le nom de réaction alcali-granulat,
La réaction se produit en interne du béton entre les alcalins contenus dans la pâte du ciment et la silice contenue dans les granulats. Elle a pour effet, de produire un gel expansif qui envahit la structure interne du béton.
Les anomalies apparaissent après quelques dizaines d’années sous la forme de fissuration en réseau spécifique. Elles réduisent les propriétés mécaniques du béton et donnent lieu à un gonflement du béton.
Comme la RSI, l’alcali-réaction nécessite trois conditions pour se déclencher :
  • Environnement humide,
  • Présence d’alcalins solubles en quantité suffisante,
  • Présence de granulats réactifs (issus de roches instables, telles que les granites, gneiss, calcaires, dolomites),

Structures en béton affectées par l'alcali-réaction
Les granulats sont classés suivant leur réactivité, comme étant :
  • Potentiellement réactifs (PR) : c'est-à-dire ayant une réactivité importante,
  • Potentiellement réactifs à effet de pessimum (PRP) : s'ils ont une très forte réactivité lorsque leur teneur est dans un certain intervalle,
  • Non réactifs (NR) : si leur réactivité est très faible.
Le mécanisme de l'expansion par alcali-réaction est encore mal élucidé.