Les technologies douces


La quantité de déchets rejetés sous forme liquide ou sous forme de particules en suspension augmente de jour en jour. Certains de ces déchets peuvent causer des effets écologiques néfastes. Les différents niveaux de gouvernement reconnaissent que le problème de rejet des eaux usées existent, malheureusement le développement de nouvelles substances chimiques est plus rapide que les évaluations toxicologiques et que la mise en application de lois régissant ces produits. Une réduction substantielle de la décharge de substances toxiques dans l'environnement ne peut être atteinte que par trois processus :


  1. Le développement de produits naturels pour remplacer les produits synthétiques,
  2. Une diminution de l'usage de ces produits synthétiques
  3. Le développement de technologies d'épuration des eaux usées efficaces et nécessitant peu d'apport en énergie.

Les techniques usuelles de traitement des eaux usées n'ont pas la capacité d'adaptation nécessaire pour faire face à des contaminants continuellement changeants. A cause de leur versatilité les technologies douces de traitement des eaux qui utilisent les principes écologiques commencent à gagner le support de l'industrie. Les études examinant les systèmes naturels de traitement des eaux démontrent que ces systèmes sont efficaces sous certaines conditions. Définir ces conditions et trouver les moyens de les contrôler permettra d'exploiter la capacité d'épuration des eaux des écosystèmes naturels.

L'augmentation de la quantité de déchets domestiques et industriels est causée en partie par le fait que la population augmente mais aussi par notre dépendance grandissante envers les produits synthétiques manufacturés; produits de nettoyage, de beauté, médicaments, additifs alimentaires. L'intensification de la demande pour ces produits entraîne une production accrue qui augmente le taux de rejet de déchets industriels. Par exemple, la production de produits chimiques à base de pétrole aux Etats-Unis est aujourd'hui plus de 400 fois ce qu'elle était dans les années 50. Certains de ces produits sont utilisés dans nos maisons et dans nos bureaux tous les jours. Des milliers de nouveaux produits chimiques sont
développés chaque année. L'impact écologique d'une grande partie de ces produits demeure inconnu. Cependant les expériences passées ont démontré que même des produits originalement jugés inoffensifs (par exemple, le DDT) ont de terribles répercussions sur les écosystèmes. Il est donc indispensable d'éliminer les substances potentiellement toxiques des eaux usées avant de les rejeter dans les rivières et les lacs.

Les technologies traditionnelles de traitements des eaux usées requièrent des apports d'énergie importants, entraînent généralement des coûts substantiels et produisent des boues contaminées. Ces boues contaminées doivent à leur tour être traitées ou entreposées. Ces stratégies de prévention de la pollution des cours d'eau ne répondent pas aux besoins de l'industrie chimique ni à ceux des utilisateurs des produits de cette industrie.

Au cours des vingts dernières années, des systèmes naturels d'épuration des eaux par les plantes ont été développés. Certains, tel que le système utilisé par la ville de Montréal pour la plage de l'Ile Notre-Dame, utilisent des marais artificiels construits spécialement pour cette fonction. D'autres systèmes conçus spécifiquement pour certaines industries utilisent des marais naturels, des réservoirs d'oxydation, et des lagunes de stabilisation.

Les technologies douces sont basées sur les propriétés de purification des eaux des écosystèmes aquatiques naturels, entre autres par la filtration des particules en suspension, l'extraction de certaines substances dissoutes par les plantes, la dégradation des produits à base de carbone par les micro-organismes, la décomposition de la matière organique par les fonctions oxydante et réductrice des bactéries de nitrification. Plusieurs projets de recherche se sont concentrés sur des aspects spécifiques de ces systèmes tels que la productivité primaire, l'élimination de l'azote, du carbone et du phosphore , l'efficacité de purification des eaux de certaines espèces de plantes  et les procédés de transformation des métaux .

Très peu d'études sont disponibles concernant l'efficacité de détoxification totale (substances organiques, particules en suspension, métaux, éléments nutritifs, etc.) de ces systèmes et des paramètres qui contrôlent cette détoxification. Des comparaisons entre les effets biologiques de l'affluent et de l'effluent de ces systèmes devraient être établies pour évaluer leur efficacité. Une étude de ce genre a été menée en laboratoire pour déterminer le nombre optimal de bassins de stabilisation nécessaire pour obtenir la réduction maximale de la matière organique présente dans l'affluent d'une manufacture de produits chimiques. Cette étude démontre que certains paramètres tels que le degré d'acidité de l'eau (pH), la concentration d'oxygène dans l'eau, la température, et la durée de rétention, déterminent la nature des substances dégradées et le degré de dégradation. La diversité écophysiologique présente dans les bassins de stabilisation offre une grande versatilité de conditions environnementales. Cette versatilité est nécessaire pour maintenir des processus de biodégradation stables.

Malheureusement, ce système n'est pas assez efficace pour que les eaux usées traitées par ce système puissent être rejetées directement dans les voies d'eau naturelles. Ces eaux soient utilisées pour l'irrigation de plantes halophytes (Jojoba, Tamarisks). Ces plantes pourraient ensuite être récoltées et vendues pourvoyant ainsi au maintien du système. En plus de nécessiter un vaste espace libre assez éloigné des voies d'eau et des nappes aquifères pour éviter la contamination, ce système requiert un climat tropical ou sous-tropical pour assurer son fonctionnement
constant. Un système plus efficace, mieux contrôlé, requérant peu d'énergie, et pouvant fonctionner à l'année longue. Cette écotechnologie qu'il appelle "Living Machines" - machines vivantes - utilise non seulement des éléments naturels mais s'inspire des structures de nombreux types d'écosystèmes. Ce système comprend plusieurs écosystèmes miniatures à l'intérieur d'une serre ou abri biologique. Ceci permet au système d'utiliser l'énergie naturelle solaire comme les écosystèmes naturels tout en permettant un meilleur contrôle des paramètres de température, concentration d'oxygène, luminosité, etc.

L'élément de base de la machine vivante est la "cellule" comme pour tout organisme vivant. Chacune des cellules du système fonctionne de façon autonome mais est interdépendante des autres cellules; l'eau est leur moyen de communication. Il existe dans chaque cellule des dizaines, parfois des centaines d'espèces non seulement d'algues, de plantes aquatique et de bactéries, mais aussi des mollusques, des insectes et des vertébrés (poissons). La diversité écophysiologique est poussée à un niveau plus élevé.

Parmi les principes de conception écologique sur lesquels se base pour créer les machines vivantes, la diversité joue un rôle central à trois niveaux: premièrement, une diversité géologique et minérale, deuxièmement, une communauté microbienne diverse et troisièmement, une diversité phylogénique, et cela pour chacune des cellules du système. Une telle diversité augmente la versatilité du système à assimiler les contaminants. Un calibrage varié de l'acidité des eaux et une variation dans les concentrations d'oxygène (certaines cellules sont aérobies, d'autres anaérobies) et de la température accroissent encore la versatilité du système. Un certain équilibre des éléments nutritifs (carbone, phosphore, azote, potassium, et oligo-éléments) doit être maintenu pour assurer la santé du système. Le système requiert une certaine vitesse de flot entre les cellules pour assurer le contact entre l'affluent et les surfaces biologiques d'absorption du système; racines de plantes, les membranes des cellules, etc. Un minimum de trois types d'écosystèmes doit être inclus dans une machine vivante, un de ces types doit être terrestre. Chacun des sous-systèmes doit posséder ses cycles naturels propres. Des variations imprévisibles de la composition de l'affluent augmentent la souplesse du système au lieu de la diminuer comme pour la plupart des technologies traditionnelles. Selon les espèces implantées dans le système et le type d'affluent, le système se développe et les espèces les mieux adaptées survivent créant ainsi un nouveau type d'écosystème. L'inoculation périodique d'espèces provenant de milieux autres que celui de la machine vivante contribue à l'enrichissement du système, telle une migration artificielle. Les machines vivantes ne sont qu'un exemple du potentiel des écotechnologies appliquées au traitement des eaux usées. Les processus de purification des systèmes naturels complexes n'ont pas encore été entièrement élucidés. Leur vaste diversité est la source de leur efficacité. Le potentiel des systèmes écotechnologiques n'est pas limité par les demandes d'énergie, les coûts de construction et d'opération comme le sont les technologies traditionnelles. En fait, les limites de ces systèmes n'ont pas encore été mesurées. Leur capacité d'adaptation les rend plus aptes à traiter efficacement les substances chimiques actuellement manufacturées et celles qui seront développées dans le futur. Malgré le fait que notre compréhension des processus internes des systèmes naturels soit incomplète, il n'en demeure pas moins que les capacités d'épuration des écosystèmes naturels dépassent celles des technologies traditionnelles basées sur des processus inorganiques. En attendant une diminution substantielle de l'usage des produits synthétiques et leur remplacement par des produits naturels plus écologiques, les technologies douces de traitement des eaux sont possiblement le meilleur moyen disponible de prévention de la contamination de l'environnement par les eaux usées.


La nature fournit la structure et les composantes qui permettent la protection de l'environnement.