1/ Définitions d’un pieu
Un
pieu est une fondation élancée qui reporte les charges de la structure
sur des couches de terrain de caractéristiques mécaniques suffisantes pour
éviter la rupture du sol et limiter les déplacements à des valeurs très
faibles. Le mot pieu désigne aussi bien les pieux, les puits et les barrettes.
On
désigne par pieu, une fondation profonde réalisée mécaniquement et par puits
une fondation profonde creusée à la main sous la protection d’un blindage. Une
barrette est un pieu foré de section allongée ou composite (en T ou en croix
par exemple).
Les
3 parties principales d’un pieu sont la tête, la pointe, et le fût
compris entre la tête et la pointe. La longueur d’ancrage h est la longueur
de pénétration du pieu dans les couches de terrain résistantes.
D’un
point de vue mécanique on distingue la longueur D du pieu de la hauteur
d’encastrement mécanique De.
Cette valeur de De tient
compte du fait que les caractéristiques mécaniques de la couche d’ancrage sont
nettement supérieures à celles des sols de couverture traversés par le pieu.
Définitions de la hauteur d’encastrement géométrique D et mécanique
De
|
On considère (Fascicule
62 titre V) qu’un élément de fondation est de type profond lorsque sa hauteur
d’encastrement relatif De/B est supérieure à 5 ( De/B ≥ 5
).
2/ Principaux
types de pieux
On distingue deux grands
groupes de pieux : les pieux mis en œuvre avec refoulement du
sol et les pieux réalisés par excavation du sol. Dans
le premier groupe, on peut citer les pieux battus et dans le second les pieux
forés.
2.1 Principes
d’exécution des principaux types de pieux
Il existe plusieurs
dizaines de types de pieux. Les principaux types de pieux sont les suivants.
2.1.1 Pieux battus
Ce sont des pieux soit façonnés à l’avance soit à tube battu
exécutés en place. Pour les premiers il s’agit essentiellement de pieux en
métal et de pieux préfabriqués en béton armé, pour les seconds de pieux battus
moulés.
Les pieux métalliques sont généralement sous forme de tube ou en
forme de H. Les tubes peuvent être ouverts ou fermés à leur base. Les pieux
métalliques sont mis en œuvre par battage ou par vibration.
Les pieux en béton armé sont fabriqués sur des aires
proches du chantier. Ils sont mis en œuvre par battage ou par vibration.
L’exécution des pieux battus moulés consiste d’abord à battre un
tube muni à sa base d’une plaque métallique dans le sol, à mettre, si
nécessaire, en place la cage d’armatures, puis à remplir le tube de béton
pendant son extraction.
2.1.2 Pieux forés
Leur exécution nécessite un forage préalable exécuté
dans le sol avec les outils appropriés avec ou sans protection d’un tubage ou
de boue permettant d’assurer la stabilité des parois du forage. Après mise en
place, si nécessaire, de la cage d’armatures, le pieu est bétonné en utilisant
une colonne de bétonnage, selon la technique du tube plongeur qui descend
jusqu’à la base du pieu.
On fera une place à part aux pieux à la tarière creuse qui
ont connu un très fort développement ces dix dernières années et qui sont très
utilisées dans les fondations de bâtiment. Le principe consiste à visser
dans le sol une tarière à axe creux sur une longueur totale au moins égale à la
longueur du pieu à réaliser, puis à l’extraire du sol sans dévisser pendant
que, simultanément, le béton est injecté par l’axe creux de la tarière. On
distingue trois types de tarière creuse : les tarières creuses sans
enregistrement des paramètres de forage et de bétonnage (type 1), les tarières
creuses (type 2) avec enregistrement des paramètres de forage et de bétonnage
(profondeur, pression de béton, quantité de béton), et ces mêmes tarières
équipées en plus d’un tube de bétonnage télescopable rétracté pendant la
perforation et plongeant dans le béton pendant le bétonnage (type 3) Ces pieux
ne peuvent, évidemment, être armés qu’après l’opération de bétonnage. La mise
en place des armatures sous leur propre poids ou par vibration devient délicate
pour des pieux d’une longueur supérieure à 12 -15m.
Au-delà, des techniques
de béton armé de fibres en acier ont été développées et permettent d’injecter
directement dans le sol les fibres mélangées au béton. Grâce à l’amélioration
spectaculaire du matériel de forage on peut exécuter des pieux de 600 à 1200mm
de diamètre jusqu ’à des profondeurs allant jusqu’à 30-35m. Actuellement les
pieux à la tarière creuse sont parmi les moins chers sur le marché français.
2.2 Puits
Les puits sont des fondations creusées à la main. De section
circulaire, ils doivent avoir un diamètre supérieur à 1,20m ; de section
quelconque ils doivent avoir une largeur minimale de 0,80m et une section
minimale de 1,1m2.
Les parois du puits sont
soutenues par un blindage qui peut être récupéré ou abandonné. Après curage du
fond du puits, le forage est bétonné à sec.
3/
Essai de chargement statique d’un pieu sous compression axiale
L’essai sera exécuté suivant la norme NF 94–150–1 de décembre
1999. C’est un essai à charges contrôlées, essai par paliers de
fluage, qui consiste à mettre le pieu en charge par incréments ΔQ égaux à 0,1Qmax jusqu’à
Qmax.
Il permet de déterminer la charge limite conventionnelle Qle et la
charge critique de fluage conventionnelle Qce. Pendant chaque palier de
fluage, maintenu 60 minutes, on enregistre le déplacement de la tête du pieu en
maintenant la charge rigoureusement constante. Pour chaque palier Qn on
calcule la pente αn du segment de la courbe de déplacement en fonction du
logarithme décimal du temps entre 30 et 60 minutes (Fig.1). La charge critique
de fluage est déterminée par la construction effectuée sur la courbe de αn en
fonction de la charge au palier Qn (Fig.2). Cette courbe permet de
distinguer une première partie pour laquelle le fluage est faible et peut être
supporté par la structure portée par la fondation profonde et une seconde
partie où le fluage du sol entraînerait des déplacements incompatibles avec le
bon fonctionnement de la structure.
Figure1 : Droites et courbes de fluage des 2èmes, 5èmes, 7
ème et 9 ème paliers
|
Figure2 : Détermination de la charge critique de fluage Qce
(vitesses de fluage αn et calcul de Qce)
|
Considérons, pour simplifier, un pieu de longueur D, dans un sol
homogène mécaniquement, soumis à un chargement vertical de compression axiale.
Si on enregistre pendant le chargement du pieu l’effort et le déplacement en
tête on obtient la courbe effort-déplacement.
Essai de chargement de pieu. Courbe effort déplacement en tête |
Cette courbe donne la charge limite QLE ou Qu qui
correspond à la rupture du sol pour un grand déplacement. Cette charge limite
est équilibrée par deux réactions limites : la résistance de pointe qu qui
donne la charge limite de pointe Qpu = qu. A (A
: section droite de la pointe du pieu) et le frottement latéral qs qui
s’exerce sur la surface latérale du pieu qui donne la charge limite de
frottement latéral : Qsu = qs.π.B.D
Pour
atteindre cette charge limite QLE, le pieu s’est déplacé en tête de st et en
pointe de sp
(st > sp). Si on considère maintenant le chargement progressif du pieu de la
charge 0 à la charge QLE on constate qu’on mobilise d’abord le frottement
latéral puis l’effort de pointe. Sous une charge Q la tête du pieu se déplace
de st et
la pointe de sp (st > sp) et tout point du fût du pieu
se déplace de s par rapport au sol. Toutes les mesures qui ont été faites sur
chantier montrent qu’on mobilise beaucoup plus vite le frottement latéral qs que la
résistance de pointe qu. On peut estimer en première approximation qu’il faut de
l’ordre de 5mm pour atteindre le frottement latéral limite et de l’ordre
de 5cm pour atteindre la résistance de pointe limite.
Loi de mobilisation simplifiée du frottement latéral unitaire qs |
Loi de mobilisation simplifiée de la résistance de pointe qu |
Le pieu se déplaçant plus vers la tête que vers la
pointe et le frottement latéral se mobilisant beaucoup plus vite que la
résistance de pointe, le pieu mobilisera d’abord sous les premières charges
Q le frottement latéral. Quand le frottement latéral sera complètement
mobilisé les charges supplémentaires seront transmises à la pointe. Enfin quand
la résistance de pointe sera complètement mobilisée, on atteindra la rupture
totale du sol.
En général,
compte tenu des coefficients de sécurité appliqués aux résistances limites, le
pieu sous les charges de service travaillera essentiellement au frottement
latéral et peu en pointe.
Toutefois, des pieux courts et/ou des pieux traversant des
terrains très médiocres travailleront principalement en pointe.
Pieu court traversant un sol très médiocre ancré dans un sol résistant |
4/ Evolution de la résistance de pointe
qu en
fonction de la profondeur.
Quand
on enfonce un pieu à partir de la surface du sol dans un terrain homogène, la
résistance de pointe augmente pratiquement linéairement en fonction de la
profondeur jusqu’à une profondeur appelée profondeur critique Dc et
reste quasi-constante ensuite. La valeur de Dc varie
avec le type de sol, elle augmente avec le diamètre du pieu et la résistance du
sol. Pour simplifier et dans les cas courants on pourra adopter les valeurs de
Dc préconisées
par la norme DTU 13-2 / P 11-212 :
- Pour une seule couche de sol Dc = 6B avec un minimum de 3m,
- Pour un sol multicouche pour lequel la contrainte effective σv’ due au poids des terrains au dessus de la couche d’ancrage est au moins égale à 100kPa (environ 7 à 10m de terrain) Dc = 3B avec un minimum de 1.5m ; c’est la règle classique des 3 diamètres d’ancrage du pieu dans la couche résistante.
Evolution de la résistance de pointe qu en fonction de la profondeur d’enfoncement du pieu. |
5/ Définitions et mécanismes du
frottement latéral positif et négatif :
Pour qu’il y ait frottement
latéral il faut qu’il y ait un déplacement relatif entre le pieu et le
sol. Si le pieu se déplace plus vite que le sol, le sol par réaction en
s’opposant au déplacement exercera un frottement latéral positif fp, vers
le haut. Si le sol se déplace plus vite que le pieu (terrain médiocre qui
tasse (ss)sous
des surcharges appliquées au niveau de la surface du sol), le sol en tassant
entraîne le pieu vers le baset lui applique un frottement négatif fn qui
le surcharge. Pour un même pieu on pourra avoir la partie supérieure soumise à
un frottement négatif et la partie inférieure à un frottement positif. Le point
neutre est le point pour lequel le déplacement du pieu est égal à celui du sol.
Mécanismes du frottement latéral positif et négatif |
Le frottement négatif se produit généralement dans des sols fins
saturés qui se consolident avec le temps. Il augmente donc avec la
consolidation du sol et devient maximal à long terme (généralement plusieurs
années). Le frottement négatif maximal dépend :
-
de la compressibilité du sol,
-
des surcharges de longue durée appliquées sur le terre-plein,
-
de l’interface entre le sol et le pieu.
Il pourra être évalué
conformément à la méthode de COMBARIEU préconisée par le fasc.62–titreV.
6/ Détermination de la contrainte de
rupture sous la pointe qu pour un élément de fondation à partir des
essais au pressiomètre MENARD (fasc.62-titreV).
Les valeurs de la résistance de pointe qu ont
été établies empiriquement à partir d’essais de chargement de pieux. La banque
de données qui a permis de fournir les valeurs de qu est basée sur les
résultats d’environ 200 essais sur des chantiers de référence concernant
l’ensemble des types de pieux utilisés en France dans la plupart des natures
des sols.
On ne traite dans ce chapitre que la méthode pressiométrique,
la méthode pénétrométrique étant similaire(cf.fasc.62-titreV).
La contrainte de rupture
est donnée par l’expression :
6.1
Calcul de la pression limite nette équivalente : P
homogène, elle est
calculée Dans une formation porteuse par l’expression :
6.2 Détermination du facteur de
portance kp
Tableau n° 1 Valeurs du coefficient de portance kp |
Tableau n° 2 Classification des sols |
7/ Détermination du frottement latéral
unitaire qs pour un élément de fondation à partir des essais au pressiomètre
MENARD (fasc.62-titreV).
Les
valeurs du frottement latéral unitaire qs ont été établies, également,
empiriquement à partir d’essais de chargement pieux. La banque de
données qui a permis de fournir les valeurs de qs est basée environ sur
les résultats de 200 essais sur des chantiers de référence concernant l’ensemble des types de pieux utilisés en France dans la plupart des natures
de sol.
La valeur du frottement
latéral qs,
à une profondeur z, est donnée par les courbes du jeu d’abaques ci-dessous en
fonction de la valeur de la pression limite nette (z). La courbe à
utiliser est fonction de la nature du sol et de l’élément de
fondation considéré.
Détermination des abaques |
(1) Réalésage et rainurage en fin de forage.
(2) Pieux de grandes longueurs (supérieure à
30m).
(3) Forage à sec, tube non louvoyé.
(4) Dans le cas
des craies, le frottement latéral peut être très faible pour certains types de
pieux. Il convient d’effectuer une étude spécifique dans chaque cas.
(5) Sans tubage ni virole foncé perdu (parois
rugueuses).
(6) Injection
sélective et répétitive à faible débit.
Valeurs du frottement latéral unitaire |
8/ Dimensionnement des fondations
profondes sous différents types de chargement (fasc.62-titreV).
En 2005, en attendant les normes françaises d’application de
l’EC7-1 (novembre 2004) il subsiste deux règlements concernant le calcul des
fondations profondes. La norme P 11-212 / DTU13-2 s’applique au calcul des
fondations profondes de bâtiment, le fascicule 62 titre V aux fondations
de génie civil. Dans ce chapitre on présentera seulement le fascicule 62
titre V. L’utilisation de la norme P 11-212 / DTU13-2 est similaire.
8.1 Principes du calcul
Les principes de justification des fondations profondes
sont conformes à la théorie générale du calcul aux états limites qui consiste,
pour un état limite donné, à vérifier que la charge axiale de calcul reste
égale ou inférieure à la charge maximum de l’élément de fondation. On distingue :
- Les états limites ultimes (ELU) qui ont pour objet de s’assurer que la probabilité de ruine de l’ouvrage est acceptable,
- Les états limites de service (ELS) qui ont pour objet des s’assurer qu’un seuil de déplacement jugé critique est acceptable.
La charge axiale de calcul résulte, pour une situation donnée,
de la détermination de la sollicitation de calcul à partir d’une
combinaison d’actions. Les actions sont multipliées par des coefficients
de pondération γ et il est appliqué un coefficient de méthode de 1,125 dans
le calcul de la sollicitation due aux actions.
La charge maximum, dans
un état limite donné, est obtenue en divisant par un coefficient de sécurité
partiel la charge limite de ce même état.
8.2
Situations et actions
8.2.1
Situations
La justification de la structure est envisagée pour différentes
actions :
- situations en cours de construction;
- situations en cours d’exploitation;
- situations accidentelles.
8.2.2 Actions
Les actions sont classées en actions permanentes, variables et
accidentelles :
- G actions permanentes;
- Q actions variables;
- FA actions accidentelles.
Les valeurs représentatives des actions sont :
- pour les actions permanentes : Gk ;
- pour les actions variables :
valeurs caractéristiques Qikde l’action Qi ;
valeurs de combinaison ψ0i .Qik ;
valeurs fréquentes ψ1i .Qik
valeurs quasi-permanentes ψ2i .Qik
Les actions sont transmises aux fondations profondes
:
directement par la structure (exemple charges de
ponts routiers définies par le fasc.61 titreII), en tenant compte
éventuellement de l’interaction sol-structure.
par le sol :
actions dues à un déplacement d’ensemble du sol :
♦ tassement du sol entraînant un frottement négatif (action
permanente Gsn);
♦ instabilité du sol pour des fondations dans une pente
entraînant des poussées latérales (action permanente Gsp);
♦ fluage du sol, dans le cas par exemple de fondations
profondes implantées à proximité d’un remblai sur sol compressible entraînant
des poussées latérales (action permanente Gsn).
actions dues à l’eau :
♦ pressions interstitielles en tenant compte des forces
d’écoulement si elles existent (action Gw, avec γw = 10
kN/m3)
♦ effets hydrodynamiques ( poussée de courant, houles,
séisme..)
8.3
Combinaisons d’actions et sollicitations de calcul
Les sollicitations (efforts internes) dans les fondations
profondes sont calculées à partir des actions (efforts externes) en
tenant compte de modèles de comportement plus ou moins complexes et
représentatifs de la réalité.
8.3.1
Combinaisons d’actions et sollicitations de calcul vis à vis des états-limites
ultimes
8.3.1.1 Combinaisons fondamentales
Le « + » signifie qu’il
faut combiner toutes les actions indiquées pour une combinaison donnée.
Gmax : actions permanentes
défavorables,
Gmin : actions permanentes
favorables,
Gw : actions des pressions
statiques de l’eau,
Gsn : actions éventuelles de frottement
négatif,
Gsp: actions éventuelles de
poussées latérales,
Fw : actions hydrodynamiques,
Q1k : valeur caractéristique de
l’action variable de base,
ψ0iQik:
valeur de combinaison d’une action variable d’accompagnement.
Les sollicitations dues au frottement négatif ont été
isolées car elles ne se cumulent pas intégralement avec celles dues aux actions
variables. Pour les justifications on prendra le maximum, soit des actions
permanentes et du frottement négatif, soit des actions permanentes et des
surcharges.
γGwvaut 1, lorsque la pression
interstitielle présente un caractère favorable,
1,05 lorsque la pression interstitielle présente un
caractère défavorable.
γsn vaut
1,2 ou 1 , sa valeur étant choisie de manière à obtenir l’effet le plus
défavorable,
γspvaut
1,2 ou 0,6 , sa valeur étant choisie de manière à obtenir l’effet le plus
défavorable,
γFwvaut
1,2 ou 0,9, sa valeur étant choisie de manière à obtenir l’effet le plus défavorable.
γF1Q1vaut 1,33 dans le cas
général,
1,20 pour les charges
d’exploitation étroitement bornées ou de caractère particulier.
8.3.1.2 Combinaisons accidentelles
FA : valeur nominale de l’action
accidentelle,
ψ11Q1k : valeur fréquente
d’une action variable Q1,
ψ2iQik:
valeur quasi permanente d’une autre action Qi .
8.3.1.3 Combinaisons vis à vis des états-limites de stabilité
d’ensemble
8.3.2
Combinaisons d’actions et sollicitations de calcul vis-à-vis des états-limites
de service
8.3.2.1
Combinaisons rares
8.3.2.2 Combinaisons fréquentes
8.3.2.3 Combinaisons quasi permanentes
8.4
Justification d’une fondation profonde soumise à un effort axial
8.4.1
Etats-Limites de mobilisation locale du sol
Elles consistent à vérifier que la sollicitation
axiale de calcul, y compris éventuellement les frottements négatifs, reste inférieure
à Qmax déterminée
dans les deux états limites (ELU et ELS).
L’expression des charges limites en compression
Qu et
en traction Qtu
d’un élément de fondation profonde est la suivante.
• Qu = Qpu + Qsu
• Qtu = Qsu
avec Qpu : effort limite mobilisable sous la pointe
de l’élément de fondation
Qsu : effort limite mobilisable par
frottement latéral sur la hauteur concernée du fût de celui-ci par le frottement
positif.
Les charges de fluage en compression Qc et en
traction Qtcd’un
élément de fondation profonde sont évalués, à défaut d’essai en place, à partir
de Qpu et
de Qsu par
les relations suivantes.
• pour les éléments de fondation mis en oeuvre par excavation
du sol :
Qc =
0,5.Qpu +
0,7.Qsu
Qtc=
0,7.Qsu
• pour les éléments de fondation mis en oeuvre avec refoulement
du sol
Qc = 0,7.Qpu + 0,7.Qsu = 0,7.Qu
Qtc= 0,7.Qsu
La vérification vis à vis des états limites ultimes est
donc faite par rapport à la charge limite Qu et la vérification vis à
vis des états limites de service par rapport à la charge critique de
fluage Qc .
8.4.2
Justifications de la fondation profonde vis à vis des matériaux constitutifs
Pour les fondations en béton armé, les justifications sont conduites
conformément au B.A.E.L, en tenant compte des spécificités du béton de pieu,
qui n’est pas vibré pour les pieux forés et est doté d’une ouvrabilité très
supérieure à celui d’un béton de structure. La résistance conventionnelle du
béton fc est
égale à :
La vérification vis à vis des états limites ultimes est
donc faite par rapport à la charge limite Qu et la vérification vis à
vis des états limites de service par rapport à la charge critique de
fluage Qc .
Valeurs de fclim et k 1
|
Généralement le coefficient k2 prend les valeurs suivantes :
|
- éléments du groupe A
|
1,00
|
- éléments du groupe B
dont le rapport de la plus petite dimension
nominale d (m)à la longueur est inférieure à 1/20
|
1,05
|
dont la plus petite dimension nominale d
(m) est inférieure à 0,60m
|
1,30 – (d/2)
|
réunissant les deux conditions précédentes
|
1,35 – (d/2)
|
autres cas
|
1,00
|
Pour les aciers de béton armé les règles du B.A.E.L
sont applicables.
On mène les vérifications vis à vis des états ultimes de
résistance sous sollicitations normales sous les sollicitations de calcul
précédemment définies. Pour les vérifications sous les états limites de service
sous sollicitations normales, les règles B.A.E.L sont complétées, d’une part en
limitant la contrainte moyenne de compression du béton sur la surface comprimée
à 0,3.fc (au
lieu de 0,6.fc),
d’autre part, lorsque la fissuration est considérée comme peu nuisible, la
contrainte de traction des armatures est limitée à 2/3 × fe.
Diminution d’épaisseur, en mm, suivant la durée de
l’ouvrage et la corrosivité des sols.
|
9 Disposition et règlements particuliers aux micropieux
9.1 Définition
Un micropieu est un pieu foré de diamètre inférieur à
250 mm, généralement entre 76 et 200 mm, qui comporte des armatures centrales
scellées dans un coulis de ciment. Ils travaillent seulement en compression ou
en traction. A l'origine ils étaient destinés à reprendre des charges de 150 à
250 kN, actuellement ils peuvent atteindre 1000 kN. L’emploi des micropieux a
été introduit en France par l’entreprise FONDEDILE (entreprise internationale
italienne) dans les années 1960, puis repris et développé avec les techniques
propres aux entreprises françaises et européennes.
On classe en France, (DTU 13.12 et fasc. 62-titre
V),suivant le matériel de forage et les techniques d’injection 4 types de
micropieux.
Type I : pieu foré tubé, rempli de mortier (micropieux de type
FONDEDILE), n’est plus actuellement utilisé en France.
Type II : pieu foré, équipé d'armatures, scellé au coulis de ciment ou au
mortier par gravité au moyen d’un tube plongeur.
Type III : pieu foré, équipé
d'armatures et d'un système d'injection qui est un tube à manchettes mis en
place dans un coulis de gaine. L'injection du coulis de ciment est faite en
tête à une pression égale ou supérieure à 1MPa, elle est globale et unitaire
(IGU).
Type IV : pieu foré, équipé
d'armatures et d'un système d'injection qui est un tube à manchettes mis en
place dans un coulis de gaine. L'injection du coulis de ciment est faite, à
chaque niveau de manchettes, avec un obturateur simple ou double à une pression
égale ou supérieure à 1 MPa. L'injection est répétitive et sélective (IRS)
A côté de ces
micropieux, dont l’exécution est "normalisée" on utilise d’autres
types de micropieux, en particulier les micropieux autoforeurs (de type
Ischebeck par exemple)
9.2 Domaines
d’application
A l’origine ils ont été très utilisés pour les reprises en
sous-oeuvre, ils sont employés actuellement aussi comme mode de fondation pour
des ouvrages neufs. Ils peuvent participer à des fondations soumises
alternativement à des tractions et à des compressions.
9.3 Armatures
des micropieux
Les micropieux peuvent être équipés de barres d’acier ou de tubes.
Les aciers sont des aciers de béton armé ou des aciers de précontrainte. Les
tubes sont généralement des tubes pétroliers de récupération dont la gamme
habituelle comprend des diamètres de 101 à 178mm pour des épaisseurs de 9 à10
mm.
9.4 Principes
d’exécution
Les micropieux de Type I peuvent ne pas être armés, ils ne sont
plus employés en France actuellement. On ne décrira ici que l'exécution des
micropieux de type II, III et IV et des micropieux autoforeurs.
Le principe d’exécution des micropieux de type II est sensiblement
identique à celui des pieux forés, perforation du terrain et scellement d’une
armature en acier généralement au coulis de ciment à l’aide d’un tube plongeur.
Par contre le principe d’exécution des micropieux de type III et
IV s’apparente tout à fait à celui des tirants d’ancrage dont les phases sont
les suivantes.
La perforation du terrain est faite avec un matériel approprié au
terrain à forer et au chantier à exécuter. Contrairement au matériel utilisé
dans l’exécution des pieux forés le matériel nécessaire à l’exécution
des micropieux de dimension réduite est peu encombrant. Ceci permet de travailler
dans des sites difficilement accessibles et sous des hauteurs
réduites, en sous-sol par exemple, qui peuvent être inférieures à 2m.
Le forage est ensuite équipé en scellant au coulis de gaine
(coulis de ciment et de bentonite avec un rapport pondéral ciment/eau, C/E =
0,2 à 0,5) l’armature en acier et le tube à manchettes (tube crépiné muni de
bracelets en caoutchouc).
Environ vingt-quatre heures après l’équipement le scellement est
réalisé suivant des techniques différentes pour les types III et IV. Pour le
type III le scellement est réalisé par une injection de coulis de ciment en
tête de forage à des pressions assez faibles (injection globale et unitaire
IGU). Pour le type IV le scellement est réalisé par une injection de coulis de
ciment manchette(s) par manchette(s) en commençant par le bas et en remontant
et sous des pressions élevées supérieures à 1 MPa et généralement de l’ordre de
3 MPa à l’aide d’un simple et plus souvent d’un double obturateur gonflable
(injection répétitive et sélective IRS)
Autour de ces principes de base, il existe de nombreuses variantes
qui ont été développées dans le cadre de chaque entreprise.
Pour les micropieux autoforeurs la barre creuse est utilisée à la fois,
dans les opérations de forage comme trains de tiges, dans l’injection du coulis
de ciment par l’intermédiaire du taillant et comme élément porteur.
Cette même technique est aussi utilisée pour les tirants d’ancrage.
| Schéma de principe d’un micropieu autoforeur (doc. Ischebeck) |
Le schéma de la figure donne une vue globale du système d’un
micropieu autoforeur (doc.Ischebeck) et présente tous les différents éléments
qui sont associés à l’élément porteur lors de la réalisation d’un micropieu. La
tête du micropieu peut être liaisonnée à la structure par une plaque prise
entre deux écrous à rotule ou par la barre elle-même si l’épaisseur de la
structure est suffisante pour reprendre l’effort par adhérence barre- structure
(massif en béton ou maçonnerie). Dans la zone de transition on met en place un
tube de protection en plastique ondulé, contre la corrosion de la barre, entre
le sol et le béton de l’ouvrage. Le diamètre intérieur de ce tube doit être
supérieur d’au moins 20 mm au diamètre extérieur de la barre Titan.
L’intervalle entre le tube et la barre doit être soigneusement rempli de coulis
de ciment.
9.5 Principes
de conception des fondations sur micropieux
La spécificité des micropieux impose
certaines précautions dans la conception de ce type de fondations. Les
micropieux ne pouvant pas reprendre de moments fléchissants on placera 3 micropieux sous les charges
isolées (poteau) et 2 micropieux sous les charges linéairement réparties (mur,
voile). Pour les mêmes raisons on limitera la tolérance d’implantation à 4cm au
lieu des 15cm habituels pour les pieux. Pour éviter les interactions entre
micropieux on réservera une distance minimale de 0,50m entre fûts. On vérifiera
le déplacement de la tête du micropieu, spécialement pour les micropieux de
fort élancement équipés de barre à très haute limite élastique, qui devra
rester compatible avec le fonctionnement de la structure portée. La liaison
avec la superstructure est faite par des connecteurs ou plus généralement par
des platines scellées dans la semelle qui coiffe les micropieux.
9.6 Calcul des
micropieux soumis à des charges axiales
9.6.1 Principes du calcul
Les principes de justification des micropieux sont conformes à
ceux exposés pour le calcul des fondations profondes avec les différences
suivantes.
Contrairement aux calculs des pieux, seul l’acier est pris en
compte dans les justifications pour les micropieux de type 2, 3 et 4 et
autoforeurs. Pour tenir compte de la corrosion on conduit les calculs avec une section
d’acier réduite.
9.6.2 Combinaisons d’actions et sollicitations de calcul
Ce sont les mêmes que celles décrites pour les pieux
Etant donné le grand élancement des micropieux, généralement
largement supérieur à 100, on néglige la résistance de pointe. La charge
limite ne correspond donc qu’à l’effort mobilisable par frottement
latéral Qsu.
La valeur du frottement latéral unitaire qs à une profondeur z est donnée à
partir du tableau de l’annexe C3 du fasc.62-titreV qui fixe, en fonction de la
classe de sol et du type de pieu, l’abaque à utiliser.
Contrairement au DTU 13.12, on calcule le frottement
latéral total Qsu à partir du diamètre du forage sans aucune augmentation due à la pression d’injection
qui, pour les types III et IV, permet généralement d’obtenir un bulbe de
diamètre supérieur au diamètre du forage.
Le
frottement latéral Qsu n’est
pris, en compte que sur les terrains résistants où l’injection est
efficace ; il est négligé, généralement, dans les terrains médiocres.
Schéma d’un micropieu de type IV |
9.6.4 Justifications du micropieu vis à vis du sol
Elles consistent à vérifier que la charge axiale de calcul reste comprise entre Qmin (traction) et Qmax (compression)
dans les deux états limites.
9.6.5
Justifications concernant l’acier
L’acier est justifié, aux états limites ultimes en prenant une
section réduite due à la corrosion et en appliquant un coefficient de sécurité
partiel de 1,25. Il n’est justifié aux états limites de service que pour les
armatures de précontrainte, sous combinaisons rares, en limitant la contrainte
moyenne de traction à 0,6 fpegpour éviter le risque de corrosion sous
tension.
Le tableau (Diminution
d’épaisseur, en mm, suivant la durée de l’ouvrage et la corrosivité des sols )donne, à défaut de valeur fixée par le marché, la
diminution d’épaisseur suivant la durée de l’ouvrage et la corrosivité des
sols. La corrosivité des sols est évaluée suivant la norme NF A 05-251.
Toutefois on adoptera une épaisseur sacrifiée minimum de 2 mm sur l’ensemble du
périmètre (soit une diminution du diamètre de 4mm pour une barre).
9.6.6
Justification vis à vis de l’état-limite ultime de stabilité de forme
On vérifie que les micropieux travaillant en
compression ne flambent pas, spécialement quand ils traversent, en tête
des sols médiocres. En effet, contrairement aux pieux qui ont une inertie de
flexion, EI, suffisante pour ne pas flamber, les micropieux ont une très faible
inertie surtout quand ils sont équipés de barres. Pour des charges importantes
et à la traversée de sols peu résistants on utilisera donc plutôt des tubes pour
bénéficier d’une inertie suffisante qui évitera le flambement du micropieu.
Dans tous les cas on vérifiera les micropieux au flambement en
appliquant la méthode de MANDEL ou à l’aide de logiciels adaptés à ce type de
problème.
Les abaques de MANDEL permettent d’obtenir la force
critique de flambement Fc dans un sol homogène avec :
- EI, la rigidité à la flexion du micropieu en
ne prenant en compte que l’armature;
- k, module de réaction du sol en prenant le diamètre
total B du micropieu (armature +coulis), calculé à partir du module
pressiométrique et sous longue durée d’application.
- l : ½ longueur du micropieu dans la couche où le
micropieu risque de flamber.
La force de flambement tend rapidement vers une valeur limite pour
Cette valeur vaut :
-
1 pour un micropieu libre ou encastré à une extrêmité et libre à
l’autre ;
-
2 pour un micropieu biarticulé ou encastré aux deux extrêmités.
Donc en première approche, on pourra prendre pour un micropieu
supposé biarticulé:
Pour un essai préalable, on obtiendrait une force
critique plus faible (tête libre), F tendant vers (le racine carré de
kBEI) pour un micropieu de grand élancement, libre en tête et en pied.
Ces formules ont été établies pour un milieu homogène.
Dans les cas réels, plus complexes, il faudra tenir compte de l’hétérogénéité
du sol et de l’interaction sol-micropieu en utilisant des logiciels de calcul
adaptés au calcul du flambement dans le domaine élastique et dans le domaine
plastique.