Le Calfeutrement


Les ouvrages de travaux publics sont essentiellement constitués de béton, d’aciers, avec différents revêtements de chaussées : liants hydrocarbonés principalement. 
Le béton est un matériau vivant qui subit des déformations, d’une part lors de la prise du ciment (retrait), d’autre part pendant toute la durée de vie de l’ouvrage lorsqu’il subit différentes contraintes :
variations dimensionnelles, déplacement et mouvements divers étudiés ci-après.

Variations dimensionnelles thermiques et hygrométriques, journalières et saisonnières :

La variation de longueur en fonction de la température d’une structure sans contrainte est calculée par la formule : voir l'article de dilatation (http://forum-btp.blogspot.com/2013/09/calcul-dilatation.html)

Déformations différées du béton : retrait et fluage :

Le retrait dépend de l’âge du béton, de sa composition, du rapport E/C (E eau, C ciment), des formes et de l’épaisseur des pièces et des conditions climatiques. Il se traduit par un raccourcissement de 2 à 3×10−4Le fluage est la déformation différée du béton sous une charge fixe indéfiniment appliquée.
Action des charges d’exploitation :

Elles provoquent :
  — des mouvements horizontaux, par exemple pour les ponts sous l’effet du freinage, du vent et par des rotations des sections d’about, la mise en eau des barrages, des réservoirs ou des canalisations, etc. ;
  — des battements verticaux des dalles routières sous l’effet du trafic lourd. Toutes les structures sont déformables et les matériaux sont caractérisés par un module de déformation :
  •  Pour le béton E = 10 000 à 35 000 MPa selon l’âge du béton, la durée d’application;
  •  Pour l’acier E = 210 000 MPa;
  •  Pour le bois E = 10 000 à 15 000 MPa en compression axiale selon la nature du bois.


Tassement des sols :

Ils concernent tous types d’ouvrages, bâtiments, routes, ponts, tunnels.

Mouvements anormaux de la structure,
 par exemple pour les ponts : rotation de dalle de transition ou de culée et tassements des appareils d’appui, inondations pour les chaussées, tremblements de terre... Le concepteur des joints devra donc tenir compte de tous ces mouvements combinés, qui se font dans les trois axes de l’espace.

Nécessité des joints dans les ouvrages en béton :

Pour faire face aux déformations auxquelles est soumis le béton, il convient donc de ménager des joints et de s’assurer de leur fonctionnement tout au long de la vie de l’ouvrage. Cela ne peut être obtenu qu’en prévenant l’introduction dans le joint d’éléments rigides susceptibles d’entraver son
mouvement : graviers, par exemple. Ces derniers occasionnent en effet le blocage du joint et créent une zone de rétention préférentielle exposée au gel. Pour pallier ce problème, il convient donc de calfeutrer le joint grâce à un matériau souple, ou à un système de jointoiement dont l’adhérence au support et l’élasticité sont adaptées aux mouvements prévisibles du joint. Tous les joints doivent être garnis. Le choix du système de calfeutrement est de plus lié aux diverses fonctions que le joint doit être capable d’assurer, par exemple :

  —   L’étanchéité à l’eau ;
  —   La résistance chimique (égouts, bassins de décantation) ;
  —  La continuité de la surface de roulement (dans le cas des chaussées, la surface doit être unie) ;
  —  La très forte déformation (cas du joint périmétral des barrages en enrochement à masque en béton, par exemple).

Principaux types de joints :

Les principaux types de joints rencontrés dans les ouvrages sont les suivants :
  • Joints de retrait : ils préviennent la fissuration du béton lors de son durcissement et de son retrait dans le temps ;
  • Joints de dilatation : ils permettent le libre mouvement des éléments vis-à-vis des variations de la température ;
  • Joints de construction : ils correspondent aux reprises de bétonnage d’un béton frais sur un béton durci ;
  • Joints de rupture ou de tassement : ils correspondent à la jonction d’ouvrages chargés inégalement pouvant entraîner des tassements différentiels du sol.


       Calcul et dimensionnement des joints des chaussées en béton :

Considérations générales :

probabilités de mouvements

Les dalles routières sont en contact au-dessus avec l’air ambiant dont la température varie, et au-dessous avec la fondation et le sol dont la température est différente et fluctue moins. Par ailleurs, la friction sur le support réduit les possibilités de mouvement thermique. Enfin, on ne peut pas calculer chaque joint de dalle individuellement et on se borne donc à calculer les mouvements moyens.
Exemple : si un revêtement de chaussée comporte 100 joints transversaux au km, équidistants de 10 m, le joint no 69 peut être fixe, pour diverses raisons ; il en résultera que les joints 68 et 70 devront s’accommoder de la fixité du joint 69, et on peut penser que les autres joints auront eux aussi des variations dimensionnelles plus ou moins aléatoires.

Si on mesure donc les largeurs de tous ces joints en hiver puis en été, on trouvera donc des valeurs qui iront de 0 jusqu’au double de la valeur moyenne, voire davantage. On peut donc penser que la variation dimensionnelle des joints suivra une courbe normale de Gauss. Si la largeur minimale du joint est de Lmin =10mm, étant donné une variation dimensionnelle moyenne de 4mm avec une déviation standard S de 1,3mm, on cherche la limite maximale Lmax telle que la probabilité d’expansion au-delà de cette valeur soit par exemple de 5%.

Les tables de probabilités donnent alors   Lmax =5,8mm, pour laquelle 5% des joints bougeront de plus de 5,8 mm. Une recherche similaire montre que 1 joint sur 100 bougera de plus de 7mm, et 1 joint sur 1 000 de plus de 7,9mm. Si on exigeait alors que 999 joints sur 1 000 soient parfaitement scellés et étanches, il faudrait un mastic de jointoiement qui supporte un allongement de 10 mm jusqu’à 10 + 7,9 = 17,9mm, soit 79% d’allongement, ce qui est beaucoup trop exigeant avec les meilleurs mastics du marché. Il faudra donc être moins exigeant et par exemple demander un joint qui ne supporte que 5,8 mm d’allongement, soit 60% d’allongement, ce qui est déjà à peine possible avec les meilleurs mastics (élastomères, silicones), et cela entraînera que 5% des joints casseront. De tels allongements sont impossibles avec les mastics bitumineux coulés à chaud, utilisés traditionnellement pour les joints routiers. Une autre solution est d’élargir la largeur initiale du joint par exemple en la portant à 20mm : l’allongement de 5,8mm, soit 29%, sera alors plus tolérable, par exemple avec des mastics élastomères, et donc avec 95 joints sur 100.

            L’analyse précédente est simplifiée car en réalité, comme nous l’avons vu, les joints subissent des variations dimensionnelles dans les trois dimensions).

Calcul pratique et dimensionnement des joints :

  •  Si la largeur du joint est élevée par exemple supérieure à 50mm, l’extension du joint est inférieure à 10%, la déformation de la surface du mastic en tension sera approximativement la même que l’extension du joint. Le mastic sera peu déformé et l’expérimentation indique que de nombreux mastics donneront un bon joint, s’ils ont une bonne adhérence sur les lèvres. Les mastics de classe I coulés à chaud bitumineux conviendront ;

  • Si l’extension du joint atteint 30%, la déformation de surface, pour un joint de même profondeur que sa largeur sera de 50%. D’après l’expérimentation, cela apparaît comme une limite pour les mastics de classe II présentant une bonne adhérence sur les lèvres, une bonne reprise élastique et une élongation maximale de service de type élastomères. À noter aussi que dans ce cas, des pollutions diverses (cailloux, eau) s’accumuleront dans la cuvette formée au-dessus du mastic en extension, ce qui pourra produire des désordres, avant même d’atteindre les 50% ;

  • Les joints élastomères comprimés de la classe III sont intéressants quand on prévoit des mouvements importants : entre 30 et 70% d’extension. La limite supérieure vient du fait qu’ils contiennent un maximum de 70% de vides et ne peuvent donc pas subir de variations dimensionnelles supérieures à 70% environ ;

  • La classe IV est hypothétique : elle correspond à des mastics à hautes performances qui supportent sans problèmes des extensions très importantes, tels les silicones ou polyuréthanes, mais qui sont beaucoup moins utilisés en travaux publics que les asphaltes modifiés coulés à chaud, car ils sont beaucoup plus onéreux, surtout pour des joints très larges, donc guère acceptables sur le plan économique. Ils ne représentent actuellement que 5% des joints routiers. De plus, nous avons vu pour le bâtiment que même si les très bons mastics élastomères (silicone ou PU) supportent 200% d’allongement à la rupture, en pratique on ne les fait travailler qu’à ±25% ou ±40% afin de se ménager un coefficient de sécurité.


Calcul à partir du coefficient de dilatation :

Dans le cas où on ne dispose pas d’informations sur les mouvements moyens des joints et sur la déviation standard, on peut cependant les calculer à partir des coefficients de dilatation.

Exemple :
 pour une dalle béton de 10 m de longueur, avec un coefficient de dilatation du béton 
α = 0,6 × 10−5/°F soit 10−5/°C 
et une différence de température maximale entre été et hiver de 90°F soit 50°C, si on désire avoir des joints de 0,375 inches soit 10 mm environ, cela entraînera un allongement maximal de 69%.

  
Caractéristiques des produits de calfeutrement :

Nous donnons ci-après la liste des caractéristiques qui sont utiles à connaître pour les produits de calfeutrement destinés aux travaux publics et quelques définitions.

Caractéristiques de mise en œuvre :
  •  Matériaux sur lesquels adhérer :
Dans les travaux publics, ce sont uniquement le béton et l’acier.
  • Préparation des surfaces :

Les bétons doivent être débarrassés des pollutions, des parties non adhérentes (laitance du ciment...), des huiles de décoffrage... Les aciers doivent aussi être débarrassés de la rouille, par grenouillage ou grattage puis doivent être traités soit par traitement chimique, soit par des primaires en général à base de résines époxydes, afin d’augmenter l’adhérence des mastics d’étanchéité.
  • Température et humidité lors du travail :

Il faut éviter le gel et l’humidité à la surface des matériaux qui empêcherait l’adhérence, et de plus il faut appliquer les produits de calfeutrement à des températures moyennes, de façon que le joint ait une largeur moyenne. En effet, si on les applique en été, lorsque les matériaux sont dilatés, le joint se trouve rétréci, et si on les applique en hiver le joint est élargi, donc dans ces deux cas le produit d’étanchéité sera ensuite trop sollicité soit en allongement soit en compression, éventuellement au-delà de ses possibilités.


Types de produits de calfeutrement :

Un petit nombre de produits (silicones, polyuréthanes) sont communs aux deux métiers TP et Bâtiment.
Nous donnons ci-après la liste des produits qui sont utilisés dans les TP, et nous étudions certains types qui ne sont utilisés que pour les TP (asphaltiques, bitumineux et plastisols coulés à chaud).


Mastics asphaltiques, bitumineux non modifiés et modifiés :

Ce sont les mastics les plus utilisés dans les travaux publics, du fait de leur bas prix – environ 0,75€/kg en 2002 pour un mastic asphaltique ou bitumineux et 1€/kg pour un asphalte modifié élastomère, ce qui justifie leur utilisation en fortes sections. Ils sont coulés à chaud, à partir de fondoirs, à 150-200°C et se solidifient en quelques minutes, par refroidissement. Les élastomères ajoutés augmentent à la fois l’allongement possible et la durabilité, ainsi que le prix. Ces mastics fluent à chaud à partir de 40°C. Ces quatre familles constituent ensemble environ 88% de la consommation de joints routiers et aérodromes. À eux seuls les mastics asphaltiques modifiés élastomères en constituent 85%. Ces produits sont utilisés pour le calfeutrement de revêtements en béton hydraulique et en béton bitumineux : chaussées routières. Les mastics asphaltiques-élastomères font l’objet des normes américaines ASTM D3405 et norme fédérale SS-S 1401B. Ils ne résistent évidemment pas au kérosène ni au souffle chaud des réacteurs.

1- Plastisols PVC/brai :

Ce sont des mélanges monocomposants, coulés à chaud, à environ 150°C, de plastisols PVC (polychlorure de vinyle) et de brai. Ils sont un peu plus chers (1,5 à 2€/kg) et plus performants que
les asphaltes modifiés élastomères. En particulier, ils résistent au kérosène, mais pas au souffle chaud des réacteurs. Leur durabilité est de 10ans environ. Ils satisfont à la norme américaine SS-S 1614. Ils supportent des élongations maximales de service de l’ordre de 10 à 15%. Aux USA, ils représentent 5% du marché des mastics de calfeutrement pour les routes et pistes d’aérodromes.
Ils sont utilisés pour les pistes aviation, les parkings, les gares routières.

2- Silicones :

On utilise surtout des silicones monocomposants, faisant leur prise sous l’action de l’humidité de l’air, et à bas module. Aux USA et en Europe, ils constituent près de 5% du marché des joints routiers et aéronautiques, malgré leur prix élevé (4€/kg) car ils ont une application facile, une excellente durabilité, une grande élongation et un bas module qui permettent de les utiliser sous une faible largeur, mais ils ne résistent pas très bien au kérosène qui peut provoquer leur gonflement. Des silicones à deux composants tels le Dow Corning 902 RCS sont aussi utilisés pour les routes, ponts et pistes d’aérodromes. Ils présentent de bonnes performances de service, mais un prix élevé (4 €/kg). Grâce à leurs possibilités d’élongation importante (25 à 40%), les silicones sont parfois utilisés pour les joints de ponts où les mastics base asphalte sont proscrits du fait de leur très faible élongation.

3- Polyuréthane/brai :

Ce sont des mastics à base de polyuréthane modifié par ajout de brai pour en abaisser le prix et utilisé avec un durcisseur. Ils sont très performants, bien qu’à un prix acceptable 3€/kg. Ils offrent une bonne résistance au kérosène et au souffle chaud des réacteurs. Ils satisfont à la norme américaine fédérale SS-S 200 E. Leur marché est modeste : seulement 1 % du marché total des mastics routes et aérodromes, mais croît rapidement. Ils sont préférés pour les pistes d’aviation. Ils supportent des élongations maximales de service de 10 à 15% et des températures de services de − 35 à + 90°C. Les polyuréthanes purs sont encore très peu utilisés en travaux publics, car onéreux (6€/kg).

4- Polysulfures/brai :

Il s’agit d’un très petit marché. Les polysulfures à deux composants sont utilisés pour les pistes d’aviation, et les aires de stationnement d’avions, grâce à leur résistance au fuel aviation. Ils satisfont à la norme US fédérale SS-S 200 E. Leur prix moyen est de 6€/kg. Les autres mastics de calfeutrement cités pour le bâtiment (acryliques, butyles...) (cf. [C 3 660] et suivants, réf. [21]) ne sont jamais utilisés dans les travaux publics, en raison de certaines insuffisances (retrait au séchage, rapports performances/prix trop faibles...). 4.6 Produits rigides : époxydes, époxy-polysulfures Ces produits de calfeutrement sont rigides et ne sont utilisés en travaux publics que pour :
  • Le collage des voussoirs préfabriqués de ponts et tunnels;
  • Des coulis très fluides d’injection pour solidariser des plots de béton dans la construction de barrages ;
  • Des scellements de câbles ou barres d’acier dans le béton. Ce sont des produits à deux composants durcissant à température ambiante, entre + 6 et + 35°C. Leur prix est de 3€/kg (pour des produits contenant des charges minérales).

5- Profilés élastomères :

Lorsqu’on doit obturer des joints très larges (de 2 à 15cm) et dont les profils sont bien définis, bien parallèles, on utilise des profilés en caoutchouc néoprène de différentes formes, Ces profilés sont utilisés par exemple pour les joints de ponts, de dalles préfabriquées, et nous les étudierons en détail en [C 5 461, § 3]. Ils satisfont par exemple à la norme ASTM D3542. Ils sont en général installés en compression entre les rives du joint et leur largeur doit être alors du double de la largeur moyenne du joint. Ils peuvent être fixés sur les rives du joint avec un adhésif (à base de néoprène) et sont faciles à installer. Cet adhésif, qui joue aussi le rôle de lubrifiant, pour faciliter la mise en place, pourra être testé selon la norme ASTM D4070. Ils sont souvent assez coûteux : de 10€ le mètre linéaire en 5 cm de large jusqu’à 60€ le mètre en 10cm de large.

6- Waterstops ou bandes d’arrêt d’eau :

Dans les grands ouvrages de travaux publics, on emploie des bandes d’arrêt d’eau en PVC ou autre élastomère. Ces bandes sont mises en place lors du coulage du béton : elles présentent des renflements sur les bords et un tube de section circulaire au centre. Les renflements sont destinés à assurer le calage dans la masse du béton et l’ovoïde la souplesse, l’élasticité centrale. Le retrait ultérieur des deux parties jointes en béton met la bande en tension, ce qui assure alors l’étanchéité. 

7- Profilés et couvre joints métalliques et élastomères :

Ils sont aussi utilisés pour le calfeutrement de joints situés entre des dalles de très grandes dimensions (plus de 20m), comme dans les grands bâtiments d’aéroports, les usines, les parkings.

8- Coulis et résines d’injection :

Ils sont utilisés pour différentes raisons ou causes :
  • Le tassement des sols et des fondations ;
  • Le retrait du béton ;
  • Les mouvements du gros œuvre, sous son poids ou sous séismes ;
  • Les erreurs de construction provoquant des cavités à l’intérieur des structures ;
  • La disparition de profilés par vieillissement. Il peut se produire des fissures, des vides ou cavités dans les ouvrages en béton, qu’il faut alors combler pour renforcer et étancher l’ouvrage, mais qui peuvent être inaccessibles. La solution est alors d’injecter un produit très fluide, ou coulis, qui pénétrera dans toutes les fissures et cavités et les bouchera lors de son durcissement ou de sa polymérisation.

Il existe plusieurs types de produits :
  • Les coulis de ciment : le ciment, très rigide après durcissement, ne permettra pas de mouvements relatifs ;
  • Les résines époxydes (deux composants) : également rigides après polymérisation/réticulation, elles ne permettront pas de mouvements mais donneront des adhérences très élevées sur béton, métaux, roche, ce qui permet de consolider l’ouvrage en le rendant à nouveau monolithique ;
  • Les résines polyuréthanes : selon les formulations, on peut obtenir alors des joints semi-rigides ou souples ou même des mousses de polyuréthane qui s’expanseront au contact de l’humidité contenue dans les matériaux ou dans les sols, bloquant alors complètement les cavités.